Ce n'est pas un masque
Il n’est pas un masque comme on pourrait le croire.
Il est mon vrai visage, celui qui me représente vraiment.
Le maquillage est aussi un moyen de m’exprimer, de me montrer qui je suis vraiment.
Je pense que j’ai débutée vers quatorze ans, assez simplement avec du mascara et du crayon. Basique on va dire, c’est un peu plus tard que j’ai commencée à me lâcher.
Je ne le faisais pas tant à l’école, pas tout le temps à l’aise pour le faire. Puis honnêtement, j’adore le maquillage mais pas au point de me lever plus tôt. Le regard des autres commençait déjà à déteindre sur moi, c’était plutôt quand j’étais chez moi où quand je devais sortir que je le faisais. Je me rappelle que je regardais énormément de vidéos de youtubeuses beautés pour améliorer mes techniques, connaître les derniers produits à la mode. On peut le dire, j’étais un peu une mordue. Je ne me rappelle même plus combien d’heures j’ai passé à regarder tout ceci, français comme américain. Même si celles-ci faisaient généralement avec des couleurs basiques, ce n’était pas vraiment mon cas, ni vraiment mon truc. J’ai commencé doucement et j’ai poussé plus loin après. Au début rose, puis orange, violet, vert et ainsi de suite. Les couleurs de mes palettes sont comme les tubes de peinture que je choisis, je me laisse simplement inspirée par celle-ci. Je devenais un peu plus obsédée chaque jour, comme si je me construisais jours après jour.
Ce qui est un comble, c’est que je n’aime pas trop me faire remarquer. Sauf qu’avec tout ça, on ne me rate pas trop. C’était aussi un moyen pour moi de sortir de ma zone de confort du regard des autres, de croire en moi, d’avoir moins peur, de me rapprocher de la personne que je suis. À force de le faire, je ne fais même plus attention. C’est juste devenue la normalité pour moi, je suis totalement à l’aise au point où parfois, j’oublie carrément que je suis maquillée. J’ai déjà été complimentée plusieurs fois où on m’a même posé des questions, ce qui fait vraiment plaisir ! À chaque fois, j’ai une pointe de chaleur dans le cœur qui augmente. On ne se rend pas toujours compte, les mots ont un pouvoir magique. C’est aussi un moyen pour moi de me libérer, montrer une partie de qui je suis.
Au début moins confiante, je n’osais pas trop. Maintenant, c’est comme s’il n’était pas sur mon visage. C’est un automatisme, je ne me bride pas. Jamais, car autant ne pas se maquiller alors (pour ma part).
Je ne sais pas trop d’où ça met venue. Les femmes de mon entourage ne sont plus du genre naturelle, pas trop d’artifice, ni même voyante. Tandis que moi, j’ai débarquée avec mes gros sabots. Ongle xl, faux-cils long, rouge à lèvre de toutes les couleurs, pareil pour les yeux, paillettes, crayons, blushs, tout y passe. Et ça me rend tellement heureuse, vous ne pouvez pas vous imaginer. On peut le dire, je fais de mon visage un tableau rempli de couleurs. J’ai toujours eu cette envie de farfouiller le maquillage, regarder les produits, voir leurs utilités. Bien sûr, il ne faut pas croire que j’ai tout réussi du premier coup. Encore maintenant il m’arrive d’avoir des ratés, même quand on le fait depuis si longtemps ça ne peut pas être toujours parfait (il m’arrive encore d’avoir des petits couacs). J’apprends encore chaque jours.
J’ai même suivi des cours pour devenir maquilleuse professionnelle, j’ai été diplômée d’une école en Belgique. C’est l’une des seules fois où j’ai vraiment aimé l’école, ce qui n’est arrivé que deux fois dans toute ma scolarité. Tout ça pour vous dire à quel point, j’aime le maquillage.
Depuis ce diplôme, il s’en est passé des choses. Je suis tombée malade, ce qui a bouleversé pas mal de chose. À l’heure où j’écris ces lignes, je ne me maquille que de temps en temps. Depuis juillet, on peut dire que ça se compte sur les doigts des mains. Ces dernières semaines, j’essaye un peu plus. Je dois juger à chaque fois pour voir comment je me sens, pour ne pas aller trop loin et me sentir plus mal après. Ce qui engendre un vrai manque. Au début, je ne m’en rendais pas compte. C’est au fil du temps, que j’ai remarquée que je ne me maquille presque plus. Ou en tout cas, plus autant qu’avant. Depuis, je dois avouer que j’ai du mal avec moi-même. Me demandant qui je suis devenu, je vous rassure il n’y a pas que ça. Mais disons que ça n’aide pas. Le maquillage fait partie de moi, de mon identité, de qui je suis. Alors c’est vrai que j’ai un peu de mal à l’encaisser, à voir la réalité des choses.
Je ne sais pas pourquoi j’aime autant ça. Je pense qu’avoir toutes ces couleurs me plaisent, montre aussi réellement la personne que je suis. J’ai la sensation que ça me complète, que c’est une part de moi que je ne peux pas négliger. Et que je continuerais tant que je peux le faire.
En ce qui concerne ce diplôme, je n’en sais rien. Je l’utiliserais peut-être ou peut-être pas, pour l’instant je n’en vois pas la possibilité. Aussi, à chaque fois je stresse quand je dois maquiller quelqu’un d’autre. Après mon diplôme, je l’ai fait quelques fois, mais pas autant que j’aurais dû le faire. Du coup, il y a un certain manque de confiance en moi pour le faire sur les autres. Un comble non ? Moi qui connais très bien le maquillage et qui ai passé tant d’heures dessus.
Il y a un mois, j’étais prête à tout jeter. Je pense que c’est sur le coup de la tristesse, de la colère aussi. Contre mon corps, mais surtout de la maladie. Parce que, petit à petit j’ai la sensation de perdre qui je suis. Bien que ça ne me donne pas toujours le même sourire qu’avant, je veux pouvoir continuer à me sentir complétement moi-même. Alors je ne jetterais pas tout ça, aussi parce que c’est beaucoup d’argent. Et comme dit mes parents, ça serait con de devoir tout racheter. Parce que oui, je serais capable.
Mais si je fais ça, ça voudrait dire que je ne serais plus moi-même. Ce qui n’est pas possible, c’est déjà assez difficile ainsi. Je n’ai pas besoin d’en rajouter. Et peut-être qu’un jour, j’aurais un rapport complètement différent au maquillage ou que je me maquillerais totalement différemment. De toute manière, cela fera toujours partie de moi et de ma vie et de qui je suis.







Merci pour ce bel article, c'est vraiment touchant.
Mon expérience avec le maquillage a toujours oscillé entre "j'adore ça" et "attention, il faudrait quand même que j'ai l'air naturelle". Quand j'étais adolescente, mes premières expériences avec le maquillage ont été un peu traumatisante. D'un côté, on me disait que j'étais plus belle lorsque j'étais maquillée (ne pouvais pas n'être que moi-même?) et de l'autre que ce temps passé à mettre des couleurs était une fausseté ou une sorte de trucage. On valorise la beauté naturelle, mais il ne faudrait ce maquiller que pour n'avoir l'air plus naturelle?
Il y a deux ou trois ans, j'ai commencé à me réaproprier le maquillage et à mettre du vernis! C'est le fun, c'est artistique et je m'amuse beaucoup. Est-ce que je suis maquillé tous les jours? Absolument pas, mais si j'ai envie de mettre du rouge à lèvre et une belle ligne d'eye-liner, pourquoi pas!
Merci de partager ça !
Je me maquille tous les jours depuis mes 13 ans. De manière neutre et sobre, avec l'objectif que ça se confonde dans mes traits.
J'ai commencé à porter de la couleur il y a un an. C'est particulier je trouve de sortir avec un visage qui est ostensiblement "pas naturel" et je trouve courageux la manière dont tu le fais !
Bravo à toi 😊