Tout peut recommencer
Il était là, au niveau du pont à attendre. Il regardait sans cesse son téléphone, même lui il a l’impression d’être l’un de ces jeunes accros à ce truc. Mais voilà, il a juste peur de se prendre un lapin. Heureusement, il fait bon aujourd’hui. L’un de ces temps où l’on a juste besoin d’une petite veste. Le parc n’est pas très rempli, il regarde un peu partout. On ne sait jamais, elle est peut-être là.
Il ne pensait pas la revoir un jour, son premier amour. Tout s’était fini tellement vite qu’il en a eu le cœur brisé. Pendant des mois, voire des années, il n’était plus que l’ombre de lui-même. La nourriture n’avait plus aucun goût, les films qu’il regardait n’avaient plus d’intérêt, l’envie de parler était encore moins présente alors qu’il n’était déjà pas un grand bavard. Tout le monde lui avait dit que cela passerait, que c’était une question de temps. « C’est toujours comme ça le premier amour ». Sauf que ça ne l’était pas. Ils se sont aimés d’un amour passionnel, qui a duré une bonne année. Et quand on a seize ans, un an, c’est long. Mais voilà, le père d’Alice avait trouvé un autre travail, dans une autre ville, à six heures d’ici, six heures loin de moi. On ne se faisait pas d’illusions, on savait bien que lorsqu’elle se serait installée dans la voiture pour partir, ça serait fini. Nous n’avions pas de téléphone portable comme maintenant, à l’époque, appeler sur le fixe coûtait tellement cher. On s’était dit que l’on s’enverrait des lettres, mais cela n’a pas tenu très longtemps. Je pense que ça nous faisait trop de mal, à elle comme à moi. Car désormais, je ne faisais plus partie de sa vie. Cette nouvelle vie qu’elle avait.
Alice était merveilleuse. Drôle, belle, intelligente, rayonnante, elle aimait lire des livres. À vrai dire, elle les dévorait. D’ailleurs, elle passait la plupart de son temps à la bibliothèque. Dès qu’on la voyait, on souriait. Avec ses cheveux dorés comme le soleil, sans oublier ses boucles si bien entretenues. Ses yeux étaient d’un bleu profond, au point où l’on pouvait s’y perdre. Est-ce que je vous ai dit qu’il la trouvait merveilleuse ?
Puis au fil du temps, Fabrice s’y est fait. Malgré tout, il y avait ce manque en lui. Tout comme Alice, il a fait des rencontres. Il s’est même marié, mais ça n’a pas bien fini. Son ex-femme ne le comprenait pas, le trouver trop mou. Vers la fin, il l’insupportait. C’est pour cela qu’elle est partie avec le maître nageur de la ville, “tu comprends, je ne peux pas vivre ainsi. ” C’est ce qu’elle lui avait dit. Ne sachant pas quoi dire, il lui a juste dit : ” je comprends”. Il est resté un moment seul, il n’avait besoin de personne. De nature solitaire, cela ne le dérangeait pas. Au contraire. Les collègues de son boulot lui convenaient totalement, certains sont devenus des amis.
Jusqu’au jour, où il reçut une notification de Facebook. Il ne comprenait jamais très bien comment ça fonctionnait, mais on lui avait dit de se mettre à la page. C’est donc ce qu’il fit. Il avait reçu une demande d’amis, mais pas de n’importe qui. C’était Alice. Fabrice ne savait pas comment elle avait fait pour le retrouver, mais cela avait peu d’importance. Aussitôt l’invitation acceptée, ils se mirent à parler au téléphone tous les jours, en s’envoyant des messages chaque minute qui passait. Quand on les voyait ainsi, on aurait dit la nièce de quinze ans de celui-ci. Aucun des deux ne pouvait d’arrêter. Son premier amour lui avait dit qu’elle était revenue dans la région, de lui-même, il lui proposa de se rencontrer. Ce qui n’est pas du tout dans les habitudes de Fabrice de prendre les devants, mais là, c’est pour Alice. C’est donc forcément différent.
Ils continuèrent de se parler tous les jours, jusqu’à ce qu’ils se rencontrent dans un petit parc. Ils s’attendraient au pont, voilà ce qu’ils s’étaient dits. Entre temps, il apprit qu’elle ne c’était jamais marié. Elle était restée avec un homme pendant de longues années, mais ça n’a jamais été plus loin. Et comme Fabrice, il était toujours dans un coin de sa tête.
L’homme continua à monter la garde, voir les allées et venues des uns et des autres. Ils tendaient l’oreille à chaque son de voiture plus ou moins proche, il avait cru qu’elle ne viendrait jamais, que ce n’était qu’une illusion. Son cœur palpitant, de stress ou d’excitation. Lui-même ne le savait pas. C’est à ce moment-là qu’il l’a vit, son rayon de soleil. Il se sentit à nouveau en vie, ce qui n’était pas arrivé depuis des années. Il sentit son cœur battre à nouveau, rien n’avait changé. Tout pouvait recommencer, à nouveau.
photo prise par mes soins
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L'amour, cette puissance qui sait survivre au temps 🌷 C'est une jolie histoire, il faut continuer à en écrire !
oh la douce miette!